Gare de Lyon. Pour moi dont parcours et repères se situent au nord de la Loire, les destinations -Lyon Perrache, Marseille, Agde...- sont déjà un dépaysement, malgré le froid, le vergla et la
grisaille.
7h20. Dans les wagons, l'accent des passagers comme des controleurs chante déjà.
Une heure de route, et le soleil se lève lentement, rose et long.
Brumes grises sur paysage de bocage enneigé, légèrement valloné.
Pas mal même, qui se découvre à l'envers, puisque je voyage aujourd'hui de dos. Ou sommes nous ? La région défile, vaches entraperçues, lumières brillantes des lampadaires d'un bourg, d'une ferme
isolée.
De la neige sur les routes et chemins, sur le bord de nos rails.
Ciel gris, arbres noirs, terre blanche, grise, verte, noire.
Plus (plusse) de jour et de couleurs, plus (plu, j'aime ce mot qui dit une chose et son contraire) de neige.
Réveil sous la pluie, mais entre les vignes. L'accent chantant parait plus approprié pour annoncer l'arrivée à Nîme.
Du linge sèche aux fenêtres. Toits de briques semi-circulaires, méridionales. Hautes et étroites façades rapprochées, qui m'avaient interpelées cet Eté à Perpignan.
Un jeune couple descend. Amusés, sacs à dos et sourire désabusé.
Je te ferai remarquer qu'en Normandie on n'a pas eu une seule goutte de pluie.
Un couple âgé prévoie descendre à Narbonne.
Ca va bien être la première fois qu'on arrive avec la pluie.
Quelque soit la génération, le temps semble bien surprendre. Pas en bien, à en juger les gromellements de ma voisine, descendue fêter un Nouvel An au soleil.
Des mouettes tournent autour d'un bâtiment... Reprise de vitesse.
Montpellier. Grisaille et voix neutre dans les hauts-parleurs de la gare.
Mais les noms prononcés parlent pour moi d'ailleurs.
TER pour Rivesalte... Une
superbe TER fleuri
passe.
A chaque arrêt de nouveaux arrivants. Il lit Que Choisir, elle Psychologie Magazine.
Les panneaux routiers, gris, bleux, verts, surprennent presque dans le balancement hors du temps de ce train qui a traversé tant de campagnes sur sa voie non fléchée pour le profane. On prend donc
encore la voiture par ici ?
Sète. Pour les fêtes, je choisis des produits du Languedoc-Roussillon ! Ciré jaune et ciel gris, la pub brandissant une cagette d'huitres m'évoque plutôt la Bretagne.
La mer à gauche, le soleil tombe à travers les nuages.
Le couple âgé prévoie méthodiquement sa descente du train, deux arrêts plus loin.
Et je mettrai mon manteau, tu prendras mon sac rouge, regarde je le pose là, et moi le beige que je garde
là. Inventaire de chaque bagage à prendre (trois en tout).
La mer, à droite. Palissades de vois et herbes hautes, blondes, souvenirs de cet Eté.
Sol jaune, herbes rases ou hautes, roseaux ; ciel lourd, gris, éclairé par derrières faisant ressortir la terre.
La femme du couple âgé me raconte un peu sa vie. 87 ans, lui 89. 20 ans pendant la guerre, c'était très dur me dit-elle.
On avait faim, on avait froid, on faisait nos études la nuit.
Mais elle se sent jeune et veut en profiter. Cet enthousiasme gai et serein, optimisme discret et contentement de vivre de ceux que la vie a plutôt épargné, sinon choyé. Manteau de fourrure, carré
de soie au cou, sac Longchamps, elle évoque des amis du club de tennis et habite dans le même arrondissement que moi.
Tout va bien. Beaucoup plus lentement qu'avant mais il suffit de s'y prendre plus tôt. Rien que pour cette phrase, je l'aime bien.
Elle lit d'Ormesson.
Il est bien, il n'est pas infatué. J'aime entendre les gens parler, sourire d'accents ou expressions qui ne sont pas les miens.
Quel cours d'eau, étonnament calme, traverse-t'on quittant Béziers ?
Descendant du train depuis les premiers arrêts, beaucoup de femmes en manteau de fourrure.
Narbonnes approche. Plusieurs couples âgés prévoient leur descente et se font des politesses.
On a le temps. Oh, si vous avez le temps alors c'est qu'on arrive dans le Midi, à Paris les gens
n'ont jamais le temps.
Le train ne nie pas, et a ralenti l'allure depuis Nîme.
Les gens sont de bonne heumeur, sourient et bavardent volontiers entre voisins de siège. Sur le quai, on attend les arrivants, en pull.
Verglas à Paris, soleil dans le Midi ! Le wagon s'est quasi vidé.
Soleil bien sur. Soleil hivernal, propice aux silhouettes, ombres et reflets.
Terre de pierraille, blanc-jaune ; arbres verts, végétation jaune, rouge, verte. Beaucoup de chevaux dans des prés détrempés. Des étags à gauche, à droite. Foutlitude de petits bateaux de pêche
sous un pont.
Planes surfaces d'eau grise reflétant les nuages ; terre et touffes d'herbes en émergent comme tant d'îles. C'est ce qu'on appelle un marécage, trois rangs plus loins, à un gamin qui s'étonne comme
moi du paysage.
Une mouette solitaire laisse des sillons sur une immense flaque déserte.
BAsse maison ocre, ombragées d'un palmier au pied d'une piscine très bleue.
A nouveau le gris sombre lumineux, de l'eau cette fois, opposé aux herbes jaunes, claires et ternes.
Un héron et... des flamands roses ?
Nuages lourds et gris... Au loin. Devant, enfin derrière pour le sens de la marche. Ciel bleu parsemé de volutes comme il était il y a peu gris troué d'éclaircies.
Un voisin monté à Narbonne referme pensivement un ouvrage de physique quantique. Comment peut-on travailler sérieusement en train ? Le boulot emporté est quasi tout le temps resté abandonné dans le
petit filet sur le dossier du siège de devant.
Mais on arrive, et l'on m'attend. Fin agréable d'un voyage en train vers des vacances, savoir quelqu'un de cher sur le quai.