Instantanés

Dimanche 25 octobre 2009
Dernières journées avant l'hiver, fin de week end avant le retour parisien. J'aime toujours autant mon coin de campagne au bord d'une Loire changeante qui a bien gonflé depuis l'été.



Claire et sèche, tiède et colorée d'automne... Une belle journée pour une ballade en vélo, voire peut être même un pique nique.




Par Gabrielle
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Vendredi 9 octobre 2009
Au début, après le calvaire administratif des inscriptions, formulaires et bureaux à en perdre la tête pour peu qu'un peu de malchance s'en mêle... On est si fier de sa carte d'étudiant, étudiant de Paris, ça claque pour la provinciale.
Beaux quartiers, vie de la capitale, expositions et musées, sorties et fêtes à volonté !
Et même, la carte, avec Sorbonne écrit dessus. Pas la vraie, pas tout à fait, mais Panthéon n'est pas si mal quand même, ça fait toujours un peu classe.

On désenchante rapidement. Mine de rien, les deux premières années ont de quoi désenchanter. Pas qu'on veuille du luxe, et pas que le quartier soit si attroce (aujourd'hui du moins, il en allait peut être moins lors de l'installation là bas des locaux). Mais il y a quand même des limites ; si le fond est très bon -cours et bibliothèque en particuliers-, la forme laisse quelque peu à désirer.
On s'imaginait mal casé dans des tours version béton et verre fumé, peinture pâlotte ornée de graffitis, ascensceurs capricieux ou escaliers quasi de service... Amphis aux sièges défectueux, aux innovations -prises de courants ou projecteur- plutôt éphémères. Mais aux tags distrayant, à défaut de proposer tant de réflexion.

Et après tout les étudiants prennent ça avec humour, et se regrouppent même autours de ces divers désagréments.


Puis... Après deux années de bons et loyaux services, les rescapés -des amphis soporifiques, des dissertations fumeuses et des listes de dates/formules/lexiques à ingurgiter, voire même des grèves à répétition- accèdent enfin au vrai, au beau.
Où Tolbiac concilie merveilleusement les désagréments du défraichis sans avoir le moindre charme de l'ancien, faut avouer que la Sorbonne en jette un peu. Fini les salles cubiques aux plafonds bas et carrelages branlants. Place à la hauteur, moulures en haut et plancher en bas. Couloirs ornés de peintures, sculptures dans la cour -présence d'une cour, déjà- encadrée d'une certaine qualité d'architecture.

Un peu plus de snobisme aussi.
Il est assez exhaltant, en sortant de tomber nez à pierres avec le Collège de France. Par une autre sortie c'est Louis le Grand, et une concentration encore plus élevée de petits jeunes bien habillés.
Assez amusant d'arpenter les pavés de la "cours d'honneur" avec des compagnons de promo, tantôt version chaussures de cuir vernies, sacoche griffé façon dandy parisien, tantôt jean-baskets usées ; souvent confrontant lieux d'origines, parfois accents ou langues maternelles.

Bien sur y'a toujours la pluie et la grisaille, les tarifs affolants et les étages à grimper jusqu'à son placard d'étudiant -encore que le mien soit plutôt luxueux, songez, j'ai même le droit aux wc-.
Mais finalement, les années d'étudiant à la capitale ont une certaine saveur, certes fallotte mais, dans les jours d'optimisme, non moins agréable.
Par Gabrielle
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Mardi 13 janvier 2009
Ce matin sur les toits parisiens la neige tombée lundi (dernier, pas hier) avait enfin terminé de fondre.

Avec le redoux sortent à nouveau -frileusement- les fumeurs en terrasse et les SDF.

Dans la rue, s'allumaient une clope un très beau jeune homme albinos -la fumée paraissait plus sombre que sa peau ou ses cheveux- et une superbe jeune femme enceinte jusqu'aux yeux.
Par Gabrielle
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Mardi 30 décembre 2008
Gare de Lyon. Pour moi dont parcours et repères se situent au nord de la Loire, les destinations -Lyon Perrache, Marseille, Agde...- sont déjà un dépaysement, malgré le froid, le vergla et la grisaille.
7h20. Dans les wagons, l'accent des passagers comme des controleurs chante déjà.

Une heure de route, et le soleil se lève lentement, rose et long.
Brumes grises sur paysage de bocage enneigé, légèrement valloné.
Pas mal même, qui se découvre à l'envers, puisque je voyage aujourd'hui de dos. Ou sommes nous ? La région défile, vaches entraperçues, lumières brillantes des lampadaires d'un bourg, d'une ferme isolée.
De la neige sur les routes et chemins, sur le bord de nos rails.

Ciel gris, arbres noirs, terre blanche, grise, verte, noire.

Plus (plusse) de jour et de couleurs, plus (plu, j'aime ce mot qui dit une chose et son contraire) de neige.

Réveil sous la pluie, mais entre les vignes. L'accent chantant parait plus approprié pour annoncer l'arrivée à Nîme.
Du linge sèche aux fenêtres. Toits de briques semi-circulaires, méridionales. Hautes et étroites façades rapprochées, qui m'avaient interpelées cet Eté à Perpignan.

Un jeune couple descend. Amusés, sacs à dos et sourire désabusé. Je te ferai remarquer qu'en Normandie on n'a pas eu une seule goutte de pluie.
Un couple âgé prévoie descendre à Narbonne. Ca va bien être la première fois qu'on arrive avec la pluie.
Quelque soit la génération, le temps semble bien surprendre. Pas en bien, à en juger les gromellements de ma voisine, descendue fêter un Nouvel An au soleil.

Des mouettes tournent autour d'un bâtiment... Reprise de vitesse.

Montpellier. Grisaille et voix neutre dans les hauts-parleurs de la gare.
Mais les noms prononcés parlent pour moi d'ailleurs. TER pour Rivesalte... Une superbe TER fleuri passe.
A chaque arrêt de nouveaux arrivants. Il lit Que Choisir, elle Psychologie Magazine.

Les panneaux routiers, gris, bleux, verts, surprennent presque dans le balancement hors du temps de ce train qui a traversé tant de campagnes sur sa voie non fléchée pour le profane. On prend donc encore la voiture par ici ?

Sète. Pour les fêtes, je choisis des produits du Languedoc-Roussillon ! Ciré jaune et ciel gris, la pub brandissant une cagette d'huitres m'évoque plutôt la Bretagne.

La mer à gauche, le soleil tombe à travers les nuages.

Le couple âgé prévoie méthodiquement sa descente du train, deux arrêts plus loin. Et je mettrai mon manteau, tu prendras mon sac rouge, regarde je le pose là, et moi le beige que je garde là. Inventaire de chaque bagage à prendre (trois en tout).

La mer, à droite. Palissades de vois et herbes hautes, blondes, souvenirs de cet Eté.
Sol jaune, herbes rases ou hautes, roseaux ; ciel lourd, gris, éclairé par derrières faisant ressortir la terre.

La femme du couple âgé me raconte un peu sa vie. 87 ans, lui 89. 20 ans pendant la guerre, c'était très dur me dit-elle. On avait faim, on avait froid, on faisait nos études la nuit.
Mais elle se sent jeune et veut en profiter. Cet enthousiasme gai et serein, optimisme discret et contentement de vivre de ceux que la vie a plutôt épargné, sinon choyé. Manteau de fourrure, carré de soie au cou, sac Longchamps, elle évoque des amis du club de tennis et habite dans le même arrondissement que moi.
Tout va bien. Beaucoup plus lentement qu'avant mais il suffit de s'y prendre plus tôt.
Rien que pour cette phrase, je l'aime bien.
Elle lit d'Ormesson. Il est bien, il n'est pas infatué. J'aime entendre les gens parler, sourire d'accents ou expressions qui ne sont pas les miens.

Quel cours d'eau, étonnament calme, traverse-t'on quittant Béziers ?
Descendant du train depuis les premiers arrêts, beaucoup de femmes en manteau de fourrure.

Narbonnes approche. Plusieurs couples âgés prévoient leur descente et se font des politesses. On a le temps. Oh, si vous avez le temps alors c'est qu'on arrive dans le Midi, à Paris les gens n'ont jamais le temps.
Le train ne nie pas, et a ralenti l'allure depuis Nîme.
Les gens sont de bonne heumeur, sourient et bavardent volontiers entre voisins de siège. Sur le quai, on attend les arrivants, en pull.
Verglas à Paris, soleil dans le Midi ! Le wagon s'est quasi vidé.

Soleil bien sur. Soleil hivernal, propice aux silhouettes, ombres et reflets.
Terre de pierraille, blanc-jaune ; arbres verts, végétation jaune, rouge, verte. Beaucoup de chevaux dans des prés détrempés. Des étags à gauche, à droite. Foutlitude de petits bateaux de pêche sous un pont.
Planes surfaces d'eau grise reflétant les nuages ; terre et touffes d'herbes en émergent comme tant d'îles. C'est ce qu'on appelle un marécage, trois rangs plus loins, à un gamin qui s'étonne comme moi du paysage.
Une mouette solitaire laisse des sillons sur une immense flaque déserte.
BAsse maison ocre, ombragées d'un palmier au pied d'une piscine très bleue.

A nouveau le gris sombre lumineux, de l'eau cette fois, opposé aux herbes jaunes, claires et ternes.

Un héron et... des flamands roses ?

Nuages lourds et gris... Au loin. Devant, enfin derrière pour le sens de la marche. Ciel bleu parsemé de volutes comme il était il y a peu gris troué d'éclaircies.

Un voisin monté à Narbonne referme pensivement un ouvrage de physique quantique. Comment peut-on travailler sérieusement en train ? Le boulot emporté est quasi tout le temps resté abandonné dans le petit filet sur le dossier du siège de devant.

Mais on arrive, et l'on m'attend. Fin agréable d'un voyage en train vers des vacances, savoir quelqu'un de cher sur le quai.
Par Gabrielle
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Jeudi 18 décembre 2008
Une femme, âgée, élégante à se damner -au point presque d'en devenir un peu ridicule, sur les sièges taggués, dans ce wagon bien occupé- ; de grosses lunettes un peu teintées et pas mal dorées, qu'on imagine volontiers Dior ou Channel ; un brillant sac de cuir caramel ; des escarpins dont l'usage dans les transports parisiens défie la logique ; un teint de poupée un peu fanée, fardé, lissé et poudré à la perfection ; la bouche, maquillée de la teinte et de la couleur qu'il faut, un peu pincée.
Sa lèvre inférieure,  tremblotte et s'agite, lui donnant l'air délicieux de chantonner en rythme le rock endiablé qu'écoute son voisin.

Un jeune en survêtement, assis à l'aise sur le dossier d'un banc, à un autre en face. L'accent rythmé, cadencé qui leur est souvent associé.
"Non mais moi, tu vois, j'ai des potes dans toutes les couches, catégories sociales".

Deux gamins, douze ans peut être, marchant déjà comme des grands, le pas chaloupé et les écouteurs tonnant.
Par Gabrielle
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