Artifices

Publié le par Gabrielle

Du plus loin qu'il se souvient, toujours a-t-il aimé ces explosions du ciel. Toujours a-t-il attendu l'été, ses nuits et ses festivités, pour leurs chefs-d'œuvre artificiers.

L'enfance à laissé passé l'adolescence et l'entrée chaotique dans l'adulte, sans qu'il ne perde en rien cet émerveillement de gamin.

Il se contentait d'un rien, quelques fusées brillantes et l'enthousiasme d'un village ridicule ; il appréciait aussi la foule pressante et les miracles de la capitale. Mais tous le contentaient, tous l'émerveillaient.

 

Parce qu'ils illuminaient la nuit, parce qu'ils étaient feux et légers, dangereux et beauté... Il ne mettait pas en mots ni en causes le sentiment qui le prenait invariablement au spectacle des fusées.

 

Longtemps, parce qu'il n'entendait venir l'explosion qu'après l'avoir vue briller, il avait espéré ne pas l'entendre, qu'enfin aient été trouvées des fusées silencieuses. Plus tard, tout en sachant l'impossibilité, connaissant la physique et la célérité, il ne pouvaient s'empêcher d'espérer. Un feu d'artifice où ne s'entendraient que les sifflements des fusées, le crépitement des paillettes en plein ciel, l'aurait ravi au delà du possible.

 

Le tonnerre tonne toujours et il en supportait les coups sourds en une patience agacée. Tout cela dénaturait l'aérien du spectacle, qu'il aimait coordonné de musique. La musique était aérienne, les sifflements et les couleurs également ; le tonnerre agressif en rappelait durement les origines matérielles qu'il aimait à oublier.

 

Parce qu'elle n'est pas la dimension la plus à ton avantage.

Ta gueule, ici ça n'a rien à voir.

 

Il était souvent d'accord avec la voix pénible perchée sur son épaule, au creux de ses pensées, dont le poids s'était depuis le temps fait familier. Il n'y avait pour cela qu'à faire preuve d'un peu de ce réalisme dont il n'était pas dépourvu.

Mais ici... Cela n'avait rien à voir. Ici peut être seulement, mais il en était du moins certain. Non ce spectacle offert par les explosions de lumière allait au delà du beau et du laid, n'était qu'esthétique pure et détachée des sujets.

 

Parce qu'elle n'est pas humaine tu n'y souffres pas de comparaison.

Ta gueule, c'est parce qu'elle n'a rien d'humain qu'il n'y a rien à comparer.

 

Bien sur ils étaient au delà de toute comparaison, le détachaient de ses attaches au matériel. Mais justement parce qu'ils l'en détachaient, sa propre laideur importait peu.

 

Il ne pleurait pas devant leur beauté, pas même d'émerveillement. Il savourait sereinement, éloigné pour un temps. Combien d'heures avait-il passé ainsi, allongé sur la butte où se posaient les spectateurs, écoutant d'une oreille amusée les discussions des plus passionnés.

 

Envieux des amitiés et de leurs démonstrations.

Ta gueule, c'est pas le sujet.

 

Il l'était souvent, entre sa conscience et lui même ; ici encore ils arrivaient souvent à de semblables conclusions. Mais tout cela n'avait pas court à ce sujet. Il s'agissait ici de l'ambiance amicale et douce, des groupes qui s'installaient au crépuscule en attendant que succède au soleil les lueurs artificielles.

 

On voit moins de détails à la nuit tombée.

Ta gueule. L'obscurité m'est précieux artifice en tout temps, mais elle est nécessaire aux feux scintillants. Et cela seul peut compter lors du spectacle.

 

Bien sur il utilisait l'ombre pour se montrer à son avantage, avait coutume de rire d'un profil qui se trouvait meilleur après la nuit tombée. Mais ces éclats de feu colorés ! Il n'était plus question de se cacher ou de remâcher d'anciens ressentiments. Juste d'observer en souriant, communion de publics émerveillés, l'explosion du ciel coordonnée. Il y avait quelque chose qui les dépassait tout, une magie de pyrotechnie qui dépassait à son avis tous les miracles de la technologie. Un spectacle où tout concourait à l'ensemble, ou l'individu n'existait plus qu'en un réceptacle sens, dilués dans le spectacle.

 

Où se dissoudre et s'oublier.

Publié dans Fictions

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