Me revient cet affleurement de sensibilité, à vif comme les chairs abimées, trop sollicitées, qui n'ont pu encore développer de cal ou de cuir.
Douleur, douleur et larmes acides par dessus. Je me reprends à pleurer, sans le vouloir ni le prévoir, traversée de cette vague implacable -elle a de la mer la fureur et l'obstination tant qu'elle
dure, l'humidité salée aussi-.
Douceur, douceur et tendresse recherchées. Comme on dépose un baume sur les plaies douloureuses, je me reprends à chercher de même l'apaisement de ce sens éraflé.
Les mots, écrits, oraux, graves ou vains, les mains et les sourires ; aveuglée peut être, c'est sans trouver ce que je cherche.
Montesquieu quelque part n'avait pas tord, ces chagrins s'émoussent au fil râpeux des pages lues, pour peu que je puisse entièrement m'y plonger. Sinon, là encore les larmes roulent et la vue se
brouille.
Douleur, douceur, ou à défaut évasion.
Quelque déchirante musique résonne bien à ces moments.
Ces phases ne durent jamais longtemps et même de moins en moins souvent ais-je l'impression. Comme la pointe émergée de l'iceberg, la douleur profonde n'en disparait pas, à peine lors de fou rires,
de quelque moment de musique, livre, conversation ou étude.
Trop de violence, physique, symbolique ; trop de douleur, trop de cruauté, trop de ces deux trop banalisées.
Mal, mal, mal, en vrac aussi quelque part au fond, sensation de fissure et de bancal, de bâtir sur du tendre et du mou, qui ploie, plie, et en même temps casse, se morcelle de fissures aïgues.