Lundi 2 février 2009

Parle lui des soirs où la brise s'achève au creux des vagues. Dis lui la lumière qui ploie sous la douceur de l'air. Dis lui l'odeur du sable et des fleurs. Dis lui ces heures qui se traînent, lentes, rondes et étirées. Dis lui la légèreté du ressac et l'odeur à peine mouillée. Parle lui de la mer qui murmure sans trop de bruit.


Dis lui la pesanteur bien plus lourde de l'ylang sur la route et du tiare sur ta joue. Dis le sourire édenté, les taches brunes sur les jambes. Dis lui les joues grumeleuses et les rides affaissées. Dis lui la jeunesse élancée et les cheveux blanchis, dis lui les rires et le tintement des bouteilles.


Dis lui les paroles et les chants, surtout dis lui les chants, quasi tout le temps. Dis lui la prière et tout ce qu'elle n'empêche pas. Dis lui la beauté, surtout, dis lui la bonté. Dis lui la violence et la sagacité. Dis lui les fraîches rivières où jouer, les vagues à grimper et l'eau ruisselante d'enfants bruns.


Dis lui les sourires et la vivacité, les yeux rieurs de ces galpins. Dis lui les égarés dans leurs propres contrées. Dis lui la chaleur du soleil sur les pieds et les jambes, parle lui du vent sur la peau. Dis lui le brûlant du bitume, la fraîcheur du carrelage au pied nu. Dis lui les pluies pour lesquelles il vaut mieux se déchausser.


Parle lui des pluies oui, et de la tenace humidité. Dis lui la lenteur à marcher, dis lui surtout de ne pas être pressé. De ne pas pour autant être léger. Dis lui la douleur, dis lui le silence qui la combat, parle lui de la résistance qu'on n'imagine pas. Dis lui la mer qui sépare moins qu'elle ne relie ces îlots qui sont leurs. Parle lui de ces enfants envoyés au delà des flots, vers chez nous où vers chez eux.


Dis lui les heures et les jours de voyage, dis lui les avions, les bancals, les petits, parle lui des cargos et des poti. Dis lui la famille et le groupe, dis lui le pesant et la sécurité. Parle lui des sourires et des visages, dis lui la vivacité de traits si peu figés. Dis lui ces repas, l'ordinaire pain-beurre-café, café au lait si sucré, et les maa'a du dimanche.


Dis lui la minceur et l'obésité. Parle lui des yeux, de tout le langage quotidien qu'on y faisait passer. Dis lui les « tricots » agités sur soi pour s'aérer, noués serrés sur le crâne, et ces petits vélos, la planche sous le bras. Dis lui les robes blanches et les chapeaux, dis lui les fleurs partout qui n'ignorent pas les tissus.  Dis lui les treillis et les shirts, les brûlés et les Français.


Parle lui de ceux qui ne comprennent pas, dis lui le fossé qui ne se franchit pas.Parle lui de ceux qui l'ont passé, parle lui de l'entente et des abîmes. Parle lui des plantes et de la mer, dis lui tout ce vert et tout ce bleu. Dis lui le rouge des poissons crus, dis lui le lait pressé du coco, dis lui la proximité d'une nature qu'on ne connaît ici que sous cellophane.


Dis lui la terre et la mer, dis lui les gens évidemment. Parle lui de cette complexe simplicité, dis lui au delà des clichés. Dis lui encore tout ce que j'oublie, et parle lui de ce que je n'ai pas noté.

Par Gabrielle - Publié dans : Divers
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