Sur l'absence de peau on avait jeté une chemise. La plus douce y paraitrait encore trop rude.
Et puis, il fallait bien vivre, n'est ce pas ? Faire comme si, faire comme ça, comme il fallait qu'on attende de toi.
Il fallait bien vivre, et toi, ça va ? L'amicale tape dans le dos n'en a pas la même substance, et combien plus douloureusement intenses les frôlements de la foule...
Il faut bien vivre, quitte à faire semblant. Sourire, et rire, bouger, courir...
(mais je n'ai jamais su danser).
Sourire, quand on voudrait grimacer, lequel risquerait d'être le plus douloureux ?
Dépiautée, sur la chair à vif les larmes même sont trop salées.
Ecorchée. Je n'en aime pas le terme, trop violent, trop aïgu.
La douleur est sourde et brulente, lancinante et poignante souvent, aïgu c'est vrai, par pics. L'image convient pourtant.
C'est comme n'avoir plus de peau sans qu'aucun ne s'en apperçoive. Sans devoir, sans pouvoir le faire savoir.
Mais sourire, mais rire aux bourrades joviales, mais soupirer sous les caresses, mais supporter les effleurements...
Et faire taire les hurlements, jusqu'à ce qu'ils se terrent si profond qu'ils ne puissent plus que ronger sans s'exprimer, dussé-je le vouloir.
Eclopée du dehors, rongée du dedans. Du moins suis-je en harmonie sur les deux plans !
Ca fait mal. Ca fait mal de vivre, de vivre ici et comme ça. Vous faites mal, à vivre comme ça ! J'me fais mal, à brûler comme ça;
Hé, mais quel autre choix ?
J'aurais bien pris l'option armure et kevlar, un truc sur lequel ça glisse et ça repart.
J'ai un masque pour carapace, un sourire peint sur du carton -j'avoue bien volontiers la mine de papier mâché-. C'est pas très souple et surtout, qu'est ce que ça n'amortit pas les coups.
J'aurais bien accepté juste une peau, pas le cuir épais de certains, juste un derme souple sur les chairs à vif.
Pouvoir embrasser, sourire, regarder sans forcer. Pouvoir supeaurter.
Ecorchée sous ma chemise irisée, rongée et blessée de vos actes et idées...
A vif sous mes airs protégée, le plus innocent de certains de vos mots, de vos actes, même -surtout- pour rire, même tentant de me faire rire, n'est que sel sur les chairs où les larmes suintent en
permanence et ne coulent plus.